Comment faire une vraie synthèse de documents ?

Cette méthode pour la note de synthèse a été élaborée au cours de plusieurs années d'enseignement, après avoir analysé les difficultés des étudiants et les défauts les plus courants sur les copies, notamment en participant à de nombreux jurys d'examens.

L'objectif n'est pas ici de donner une méthode artificielle pour produire un un patchwork de reformulations hasardeuses qui ne constituraient qu'un ersatz de texte dépourvu d'une véritable cohésion et d'une signification réelle.

 

Il s'agit bien de comprendre globalement un dossier (sans confondre la précision rigoureuse de l'analyse des idées avec une récolte aléatoire de détails) pour en restituer l'essentiel du contenu, de façon claire, structurée, unifiée mais soulignant les différences de points de vue.

 

I. Première lecture des documents et prise de notes schématique

Pour éviter deux erreurs de méthode courantes et vouées à l'échec

 

La première lecture doit être très sélective (lire est apparenté au même verbe latin qu'élire). Une lecture linéaire complète à cette étape serait non seulement une perte de temps mais une erreur de méthode car vous n'avanceriez pas vers la prise en compte globale (mais très précise) des idées du dossier? ce serait donc un contresens sur la nature de l'exercice et sur la démarche à suivre pour le réussir.


Fuyez aussi le surlignage (trop superficiel car restant à la surface du texte au lieu sans accéder à sa structure et à son fonctionnement) et encore plus la copie de fragments de phrases : cela enfermerait votre pensée dans des fragments de pseudo-analyse donc dans un émiettement artificiel, au lieu d’aller vers l’étude des liens entre les idées et vers une véritable comparaison des documents.

 

Conseils pour conduire la première lecture de façon intelligente et efficace

 

Survoler un instant chaque texte (les références, les titres...) pour :

  • repérer l’auteur et le cadre énonciatif (qui parle ? à qui ? dans quelle situation... ?),
  • anticiper le contenu, notamment en regardant l’introduction et la conclusion s’il y en a.

Questionner chaque texte en prenant quelques notes très rapides sur les points suivants :

  • le découpage visible (paragraphes, titres de parties…)
  • le thème central et l'enjeu exact du débat
  • mots-clés (en tête de paragraphes surtout), que vous pouvez reconstituer à partir des sept questions de base des orateurs de l'antiquité : Qui ?  Quoi ? Où ? Par quels moyens ? Pourquoi ? Comment ? Quand ? (Quis, quid, ubi, quibus auxiliis, cur, quomodo, quando)
  • les connecteurs logiques (mots qui signalisent les liens entre les parties du raisonnement)
  • la progression logique (les liens entre les parties du raisonnement, qu’il faut absolument reconstituer même si aucun connecteur n’avait été repéré) : point de départ ? étapes (plan) ? conclusion (thèse) ?
  • la problématique (du texte ou, mieux, de tout le dossier) ?

Établir un schéma avec les principaux mots-clés en s’interrogeant sur leur rôle dans le raisonnement donc sur les relations logiques entre eux afin d’avoir une idée du fonctionnement du raisonnement de chaque texte (où sont, par exemple, les définitions, les problèmes, les causes, les conséquences, les mauvaises solutions, les bonnes, etc.).

 

Attention

  • Cette première étape doit rester rapide et sommaire pour chaque document car le but n’est pas d’extraire beaucoup d’idées : il s’agit au contraire d’en extraire extrêmement peu mais de façon assez précise pour pouvoir les comparer d’un auteur à l’autre. Moins vous noterez d’idées, plus il sera facile de les les intégrer de façon exacte puis de les recombiner dans votre synthèse (un puzzle de trente grosses pièces est plus facile à assembler qu’un puzzle de trois cents petites pièces).
  • Sur le plan de la stratégie, il est important aussi de garder beaucoup de temps pour l’essentiel du travail de synthèse.

 

 

II. De l'analyse des documents au plan de la synthèse

1. Problématique

 

Après l’analyse rapide des textes qui vient d’être présentée, il faut formuler une problématique qui sera à la fois :

  • générale (correspondant à l’ensemble du corpus et pas seulement à la moitié des documents),
  • précise (correspondant exactement à la question à laquelle l’ensemble du dossier permet de donner une réponse).

Astuce : s’il y a un doute, résumez en une phrase le contenu de chaque document, puis confrontez tous ces micro-résumés pour voir à quelle question commune le dossier permet de répondre.

 

2. Plan général puis analyse (vous avez bien lu)

 

Avertissement important

  • L'efficacité de la méthode proposée ici consiste à tâcher de faire une hypothèse de plan général AVANT l'analyse méthodique des documents.
  • C'est la condition de l'efficacité, de la cohérence et de la justesse de cette analyse.
  • Bien sûr, le plan va évoluer au cours de l'analyse, en interaction constante avec elle. C'est ce qui rend la démarche active et intelligente.

La première étape consiste à imaginer presque immédiatement un plan général pour la synthèse. Pour trouver quelques idées (à adapter à chaque fois bien sûr), vous pouvez trouver sur cette page quelques plans possibles.

Astuce décisive : si vous ne voyez pas quel plan adopter, vous pouvez

  • noter huit à dix idées simples présentes dans les documents
  • puis essayer de reconstituer les questions auxquelles elles répondent
  • et enfin classer ces questions pour synthétiser des titres de parties.

L'étape suivante consiste à analyser les documents directement selon le plan envisagé, dans un tableau à double entrée (en format A3 si possible) avec :

  • un document par colonne,
  • une grande partie par ligne (une bande de 10 cm).

Si vous préférez avoir davantage de place, il suffit de consacrer une feuille de brouillon complète pour chaque partie (avec un document par colonne). Vous noterez alors sur chaque feuille uniquement les idées qui correspondrant à la partie concernée de votre plan.

 

Conseil : rectifiez le plus vite possible le plan, si vous sentez que le plan envisagé cadre mal avec le contenu du dossier.

 

Évidemment, cette méthode exige de la concentration et des efforts intellectuels qui vont bien au-delà d'un surlignage au fil de l'eau en ayant oublié le premier texte quand on arrive au quatrième... Les résultats sont incomparables également.

Cette méthode du tableau à double entrée présente...

un énorme avantage : faire un plan rapidement permet d’organiser une plus petite quantité d’informations (on va directement à l’essentiel pour les deux ou trois axes du plan) et de faire une analyse plus active 

  • vous savez ce que vous cherchez (et vous pouvez même trouver des idées peu évidentes si vous ne les aviez pas cherchées – mais intéressantes pour la comparaison des documents),
  • vous formulez d’emblée les idées dans la bonne perspective : cela permet non seulement la reformulation mais surtout l’intégration des idées aux autres au lieu de faire un patchwork de phrases mal jointes car encore trop proches de leur environnement textuel d’origine) ;

mais aussi un risque : cette méthode peut conduire à oublier certains aspects ou à ne pas ouvrir assez la problématique mais il suffit d’en être conscient pour contrôler en se posant la question en cours de route. Il ne faut jamais exclure une restructuration du plan au début de l’analyse des documents.

 

3. Plan de détail

 

Il faut classer les principales informations à restituer en cherchant à établir dans chaque grande partie...

  • des liens logiques,
  • une progression, une dynamique (il faut avancer par étapes bien marquées).

 

 

III. Rédaction

Principe général

 

La note de synthèse doit se présenter comme

 

un condensé global

 

pour un lecteur pressé

 

qui n'aurait pas lu le dossier.

 

Attentes des lecteurs ou des correcteurs à respecter pour que l'exercice ait du sens

 

La compréhension (visible dans la restitution) des idées doit :

  • être efficace en mettant en avant des mots-clés résumant les idées essentielles,
  • faire référence systématiquement à l’auteur de chaque propos,
  • confronter en permanence les documents (convergences et divergences).

 

L'organisation de la synthèse doit :

  • être aussi claire que possible, d’où une pénalisation
    • des accumulations d’idées en vrac à l’intérieur des parties (avec des cascades de « de plus », de « et puis » ou de « en outre » qui ne sont dans ce cas que des cache-misère d’un raisonnement en fait non élaboré),
    • des montages de citations,
  • suivre la logique de la démonstration (évitez donc de suivre l'ordre d'un texte sauf s'il fallait nécessairement reprendre une structure dans une partie),
  • adopter une composition dynamique (qui fait avancer le propos) et équilibrée.

 

L’introduction doit présenter de manière condensée, efficace mais précise :

  • une entrée en matière (un constat ou un paradoxe),
  • la problématique que vous avez retenue,
  • les documents (cela dépend des examens et des concours : vérifiez bien les règles),
  • le plan qui vous avez décidé de suivre.

 

La conclusion doit faire apparaître très brièvement ce qu’il faut retenir de l’ensemble (par exemple en récapitulant les conclusions partielles de chaque grande partie).

 

La reformulation  doit

  • être objective, d’où une pénalisation
    • des jugements personnels, des commentaires, des informations supplémentaires,
    • des montages de citations,
  • être précise, d’où une pénalisation
    • des contresens,
    • des oublis importants (mais les documents doivent être exploités en fonction de la problématique, ce qui implique un traitement différencié),
    • des formulations vagues.

Relectures nécessaires

 

Première relecture : pour vérifier la progression logique et la cohérence entre le contenu des sous-parties et les mots-clés qui les définissent.

 

Deuxième relecture : pour les constructions de phrases et la ponctuation.

 

Troisième relecture : pour les accords orthographiques et les conjugaisons.

 

Astuce : les deux dernières relectures peuvent se faire à partir de la fin (phrase par phrase), pour éviter de vous laisser porter par le sens donc de perdre votre attention sur la grammaire.

 

Conseil stratégique : ne négligez pas ces moments de relecture car c’est l’étape qui a le meilleur rapport notation / temps dans tout le processus d’élaboration de la synthèse.

 

 

IV. Critères d'évaluation généralement les plus importants

 

compréhension des raisonnements (vs. contresens)

 

objectivité (vs. idées personnelles ou savoirs ajoutés)

 

précision (vs. imprécision)

 

concision (vs. redondance)

 

reformulation (vs. montage de citations)

 

confrontation des documents en permanence (vs. suite de résumés) 

 

composition claire et dynamique (vs. progression aléatoire ou embrouillée)

 

 

Un agrégé de lettres

 

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