Pourquoi des articles de culture générale ? (présentation et pistes de réflexion)

Par C. R.

Publié le 24/02/2021

Dernière modification le 03/08/2021

La statue de Georges-Louis Leclerc de Buffon au Jardin des Plantes, qu'il a développé pour présenter au public parisien « le tableau de de la nature entière » (en collectant des plantes et des animaux rapportés par les explorateurs et en organisant des cours), sans frontière.

Ce magazine de culture générale propose des articles très divers, pour apporter, associer et structurer peu à peu des connaissances, fondamentales ou insolites. Il ne s'agit pas d'études relevant de la recherche universitaire (visant à produire de nouvelles connaissances) mais d'informations culturelles (visant à structurer des connaissances pour les faire découvrir et les faire comprendre) destinées à un public plus large.

 

La plupart de ces articles croisent plusieurs points de vue (historique, linguistique, scientifique, littéraire...) pour mieux comprendre comment s'est constitué le monde dans lequel nous vivons. L'objectif est d'en percevoir et d'en apprécier des aspects qui resteraient peut-être inaperçus voire invisibles s'ils n'étaient pas éclairés sous un angle inhabituel et mis en contraste avec d'autres réalités.

 

Quant à Wikipédia, source utile d'informations pluralistes (généralement justes à 95 %), si ses articles, bien lus, peuvent enrichir ou une culture ou stimuler l'envie de la développer, ils ne peuvent néanmoins pas suffire à en construire une car ils ne sont pas dirigés : comme les véhicules de Google Street View, Wikipédia passe à peu près partout en tout sens et cartographie les connaissances avec tous les points de vue qui veulent bien s'y exprimer ; cependant, de même que Street View ne remplace pas un cours de géographie intelligent et structuré, Wikipédia ne permet pas de comprendre ce qui est juste, ce qui est faux, ce qui est parodique et ce qui est drôle dans un album d'Astérix...

 

Avec davantage de culture générale, une chaîne de télévision n'aurait pas présenté Marseille – dans l'annonce d'un documentaire sur l'époque gallo-romaine – comme « une ville qui est devenue la deuxième ville de France ». Il aurait en effet été plus judicieux de rappeler que Marseille avait été la toute première ville (grecque) de l'actuel territoire français, concurrencée ensuite par des oppida celtes très différents (Bibracte sur le mont Beuvray par exemple), puis supplantée par Lyon (la capitale romaine des provinces gauloises : assez centrale et facile d'accès en bateau depuis Rome) et enfin par Paris à partir du règne de Philippe II Auguste (à son couronnement, en 1179, Paris ne comptait encore que 25 000 habitants).

 

Pourtant, si presque tout le monde s'accorde sur l'intérêt voire la nécessité d'une culture spécialisée, l'idée de culture générale soulève d'étranges résistances...

 

Pourquoi la culture devrait-elle être générale ? Répondons par une autre question : pourquoi limiter sa culture, la cantonner, l'assigner à un territoire intellectuel borné ?

 

Un personnage d'une pièce du dramaturge latin Térence disait : « Je suis humain et rien de ce qui est humain ne m'est étranger ». La référence est certes banale mais il n'est pas inutile de rappeler que ceux qui s'opposent à (ou méprisent) la circulation de tous les savoirs sont soit sectaires, soit malhonnêtes, soit incultes.

 

On peut certes souhaiter qu'un chirurgien qui opère un œil soit hautement spécialisé mais il est rassurant de savoir qu'Albert Einstein jouait du violon et, surtout, que le philosophe Gottfried Wilhelm Leibniz avait compris les liens existant entre l'antique philosophie chinoise (le yin et le yang, les huit trigrammes et les soixante-quatre hexagrammes du Yi Jing) et le système de numération binaire, la combinatoire, la machine de Blaise Pascal. Sans une culture générale aussi étendue et enthousiaste, Leibniz n'aurait sans doute pas pu écrire un article préfigurant aussi longtemps à l'avance la logique booléenne (qui a permis notamment le développement des téléphones, des ordinateurs, de la programmation...) : « Explication de l’arithmétique binaire, qui se sert des seuls caractères 0 et 1, avec des remarques sur son utilité et sur ce qu’elle donne le sens des anciennes figures chinoises de Fohy » (1703).

 

Nous verrons dans quelque temps comment Leibniz a pu ainsi avoir l'esprit assez ouvert pour concevoir (au tout début du XVIIe siècle) une machine à calculer en système binaire capable de réaliser les quatre opérations arithmétiques à partir d'une lecture de textes philosophico-religieux de l'antiquité chinoise... Nous montrerons aussi que les machines de tabulation d'IBM ont repris le système de numération tabulaire des Sumériens (datant de cinq mille ans) ainsi que les cartes perforées des orgues de barbarie et de certains métiers à tisser lyonnais. Là encore, on ne pourra comprendre qu'avec une culture générale croisant histoire antique, mathématiques, musique, informatique, économie...

 

Le monde actuel n'a été rendu possible que par des penseurs qui ont su hybrider des connaissances particulièrement diverses d'une façon révolutionnaire Al-Khwârizmî (dont le nom est à l'origine du mot algorithme), Gerbert d'Aurillac (Sylvestre II), Léonard de Vinci, René Descartes, Blaise Pascal, Isaac Newton, Gottfried Wilhelm Leibniz, Denis Diderot, Louis Pasteur, Dmitri Mendeleïev, Thomas Edison, Nikola Tesla, Niels Bohr... 

 

Il ne s'agit pas de se comparer à eux, bien sûr, mais de comprendre leur importance tout en imitant autant que possible leur curiosité universelle : sans limite et sans frontière.

 

Auparavant, il y a eu la Route de la soie qui, plusieurs siècles avant J.-C, assurait déjà un brassage des connaissances entre la Chine, l'Inde, le Moyen-Orient et l'Europe, qui y a gagné tout ce qui lui a permis sa puissance militaire, économique et culturelle : la poudre à canon, la boussole, l'imprimerie, le papier, le billet de banque...

 

Idriss Aberkane a raison de considérer que la Route de la soie et la Silicon Valley constituent les faits les plus importants de l'histoire de l'humanité en assurant un brassage mondialisé des connaissances donc l'accélération de leur développement.

 

La plupart des articles qui vont suivre se donneront donc comme objectif d'établir des liens entre les connaissances, non seulement pour vous étonner et vous apprendre un maximum de choses mais surtout pour vous donner envie d'en savoir davantage et d'aller plus loin.

 

Michel de Montaigne, dans l'un de ses Essais (à la fin du XVIe siècle donc pendant la Renaissance de l'intérêt pour les arts et les sciences de l'antiquité gréco-latine dite païenne), expliquait qu'il ne donnait que les « têtes » (Essais, Livre I, chapitre 40), autrement dit des directions, comme à un carrefour où les connaissances se croisent ; et il précisait : « Je vois encore bien du pays au-delà » (Essais, Livre I, chapitre 26) .