Les sept merveilles du monde antique

 

Vingt-quatre versions des sept merveilles du monde antique nous sont parvenues et présentent des différences importantes (tout comme pour les versions de n'importe quel texte ancien, y compris ceux considérés comme sacrés par telle ou telle religion). La liste la plus souvent retenue est celle qui vous est présentée ici.

 

Par C. R.

Publié le 20/10/2021

La seule des sept merveilles du monde antique encore visible aujourd'hui :

la pyramide de Khéops à Gizeh en Égypte (au premier plan sur ce timbre de la Poste égyptienne).

 

 

Ces monuments émanaient de quatre civilisations distinctes : égyptienne, babylonienne, perse et grecque. Après plus de vingt siècles d’histoire, ces civilisations ne correspondent bien sûr plus aux pays actuels où se trouvent ces monuments : Égypte, Grèce, Turquie et Irak. Par exemple, le phare d’Alexandrie se situait en Égypte mais il a été édifié par la civilisation grecque, tout comme le temple d’Artémis à Éphèse (actuellement en Turquie).

 

Deux de ces monuments sont à l’origine d’un mot en français : le tombeau funéraire monumental du roi Mausole a donné le mot mausolée et l’îlot de Pharos où se trouvait le phare d’Alexandrie a bien sûr donné le mot phare.

 

Le tableau qui suit présente la liste la plus courante des sept merveilles du monde antique dans l’ordre chronologique (en sachant que certains de ces monuments sont datés de façon très hypothétique, surtout les deux ou trois premiers) et avec des couleurs correspondant aux quatre civilisations concernées.

 

Il faut remarquer que la civilisation romaine a construit ses monuments les plus emblématiques après l’établissement de cette liste. C’est pourquoi elle en est absente.

 

Bien sûr, c'est la civilisation grecque (rayonnant sur le monde antique avant que les Romains prennent le relais) qui a accordé à ses propres réalisations la part la plus importante.

 

 

Nom Époque Civilisation

Caractéristiques

ou remarques

Pays actuel Ville
 Pyramide de Khéops à Gizeh

 

XXVII-XXVIe s. avant

J.-C.

égyptienne

(IVe dynastie de l'Ancien Empire)

 

Le plus haut monument du monde pendant 3700 ans (146 mètres à l'origine).

La seule merveille antique encore visible (grâce notamment à sa conception antisismique).

Une incroyable complexité géométrique et architecturale malgré les apparences.

 

Égypte

Gizeh
Jardins suspendus de Babylone

2ème ou 3ème millénaire avant

J.-C.

une des brillantes civilisations qui se sont succédé  en Mésopotamie Aucun vestige n’a encore jamais été retrouvé pour l’instant : ces jardins suspendus étaient peut-être à Ninive plutôt qu'à Babylone.

Irak

Site de Babylone (au bord de l’Euphrate) ou de Ninive (au bord du Tigre)

Temple d’Artémis

(appelé aussi Artémision) à Éphèse

VIe s. avant

J.-C.

grecque

(période archaïque)

Il y a eu une version archaïque (édifiée par l’architecte Chersiphron avec son fils Métagénès) puis une version hellénistique du temple d’Artémis, déesse de la chasse des Grecs.

Turquie

Selçuk

Statue chryséléphantine de Zeus Olympien

Ve s.

avant

J.-C. 

grecque

(période classique)

Réalisée avec de l’or et de l’ivoire (ce qui correspond à l’adjectif chryséléphantine) par Phidias, le plus célèbre sculpteur grec, auteur d’une autre statue chryséléphantine célèbre : celle d’Athéna au Parthénon (donc sur l'Acropole à Athènes) ainsi que de la frise du même Parthénon*.

Grèce

Olympie

Mausolée d’Halicarnasse

IVe s. avant

J.-C.

perse

(Empire achéménide)

Ce tombeau du roi Mausole a été élevé à sa mort par l’architecte grec Pythéos de Priène, à la demande de la sœur et épouse du roi (Artémise II) d’après la tradition.

Turquie

Bodrum

Phare d’Alexandrie

IIIe s. avant

J.-C. 

grecque

(période hellénistique)

Des vestiges de l’immense (135 mètres) tour lumineuse située à l’extrémité de l’îlot de Pharos ont été redécouverts récemment.

L’explorateur berbère Ibn Battûta l’avait admiré et décrit en 1326 mais l’avait retrouvé en ruines en 1349.

Égypte

Alexandrie (fondée, comme son nom l’indique, par le Grec Alexandre le Grand)

Colosse de Rhodes

IIIe s. avant

J.-C. 

grecque

(période hellénistique)

La statue d’Hélios (dieu tutélaire de Rhodes et personnification du soleil) mesurait plus de 30 mètres. Cette statue de bronze érigée à l’entrée du port (comme la statue de la Liberté qu’elle a sans doute inspirée à Bartholdi) a été détruite par un tremblement de terre soixante ans après sa construction.

Autre fait tragique : le sculpteur Charès de Lindos ayant demandé à ce que le budget soit doublé quand les Rhodiens ont demandé une statue deux fois plus haute que prévu, il s’est ensuite suicidé de honte en constatant qu’il n’aurait finalement pas les moyens de terminer. Il aurait en réalité fallu multiplier le budget par 8 (autrement dit par 23, vu que la statue se déploie dans trois dimensions).

Grèce

Rhodes

  

 

* La frise (160 mètres de bas-relief en marbre) qui entourait le Parthénon constitue la plus importante œuvre de l’art grec antique visible aujourd’hui dans les capitales européennes qui se la sont appropriée : si Athènes est parvenue à en conserver un tiers, la moitié a été emportée à Londres. Les autres fragments sont à Paris (au Louvre) et au Vatican.

 

Cette appropriation par l’État britannique de la plus grande partie de la plus importante œuvre d’art de la Grèce constitue toujours un contentieux majeur entre les deux pays.

 

Rappelons que ce chef-d’œuvre a été saccagé en 1801 par l’ambassadeur britannique Lord Elgin : il n’a pas hésité à faire couper en deux les plus gros blocs pour en faciliter le transport afin, d’après lui, de « protéger » l’œuvre (qui avait pourtant mieux résisté à des siècles d’Empire ottoman et de guerres qu’à quelques mois de présence britannique). Elle est depuis présentée au British Museum sous l'appellation « Elgin Marbles », dénomination rendant hommage au vandale plutôt qu’à l’artiste.

 

La version anglaise de Wikipédia précise que ces « Elgin Marbles » sont « also known as the Pantheon Marbles ». Cet emploi du mot « also » ne semble pas être humoristique dans ce contexte impersonnel de l'encyclopédie collective interactive. Il faut en tout cas attendre la fin d’une longue phrase pour voir apparaître le nom du sculpteur Phidias.

 

 

Cela semble montrer, au passage, que Wikipédia reprend et valide facilement une vision héritée (pour ne pas dire datée), sans remise en question structurelle : la prise de distance existe par la suite mais elle n'est qu'incidente, par exemple avec l'ajout d'une phrase qui en nuance une précédente sans pouvoir remettre en question véritablement la perspective d'un article polarisé d'emblée par son entrée : nommer un fait impose forcément un cadre à la pensée. C'est l'un des enseignements du nominalisme médiéval de Guillaume d'Ockham (opposé à l'essentialisme : l'illusion selon laquelle les mots correspondraient à une essence qui existe en soi de toute éternité).