La firme Apple : les étranges histoires qui se cachent derrière son logo et le nom de sa ville

 

La firme Apple jouit d'une image de marque impressionnante mais tout le monde ne sait pas ce qui se cache derrière deux symboles de cette marque : son logo et le nom de la ville où se situe son siège.

 

Par C. R.

Publié le 19/05/2021

Dernière modification le 19/08/2021

Une pomme croquée : un logo aux multiples significations.

Apple : un logo énigmatique et une localisation mystique

 

Chacun sait que le logo de la firme Apple représente une pomme, conformément à la signification de son nom en anglais. Pourtant, le choix de ce fruit et le fait de le présenter comme déjà croqué cachent une histoire plus complexe qu’il n’y paraît. S’agit-il du fruit de l’arbre de la connaissance ? Les conséquences mentionnées par la Genèse n’étant pas très engageantes, surtout pour une démarche publicitaire, il faut chercher une autre explication : la plus farfelue consisterait à y voir une pomme empoisonnée comme dans un conte de fée... C’est pourtant l’une des hypothèses les plus discutées. Nous verrons pourquoi on l’a souvent dit et souvent démenti aussi.

 

Le nom de la ville de Cupertino est étonnant aussi. C’est dans cette ville (qui se revendique comme le « cœur de la Silicon Valley ») que la firme a établi son siège, dans un colossal bâtiment circulaire (d’un diamètre un peu supérieur à la largeur du Pentagone, peut-être pour marquer symboliquement la supériorité des GAFAM sur les Etats). Nous verrons que le nom de cette ville, située entre San Francisco et San José (la toute première ville au monde en termes d’économie de la connaissance), évoque une histoire tout aussi extraordinaire : celle d’un moine italien qui se serait élevé dans les airs, bien longtemps avant les frères Wright.

 

Dans les deux cas, il faut remonter au XVIIe siècle pour comprendre.

 

 

Qui a croqué la pomme d’Apple : Isaac Newton, Alan Turing, Steve Jobs ou personne ?

 

Le tout premier logo d’Apple, en 1976, montrait la pomme qui aurait inspiré à Isaac Newton sa théorie de la gravitation universelle selon une légende. La référence à cette anecdote de l’histoire des sciences pouvait avoir du sens pour une société informatique ; mais il y avait deux autres raisons au choix de la pomme : Steve Jobs aimait les pommes et Apple se situait avant Atari dans l’ordre alphabétique donc dans l’annuaire… Mais pourquoi abandonner le premier logo au bout d’un an ?

 

En 1977, un nouveau logo d’Apple a pris la forme d’une pomme croquée (avec une feuille détachée). Certains ont créé une autre légende liée à l’histoire de la science et des techniques : ce serait lié au fait qu’un pionnier de l’informatique, Alan Turing, s’était suicidé en 1954 en croquant une pomme empoisonnée : enduite de cyanure pour laisser croire à sa mère qu’il s’agissait d’un empoisonnement plutôt que d’un suicide. Cela, suite au harcèlement de la justice anglaise du fait de son homosexualité, malgré son rôle majeur dans la Seconde Guerre mondiale : il avait dirigé la conception d’un ordinateur révolutionnaire pour décrypter les messages de la machine Enigma des nazis (voir le film Imitation Game de Morten Tyldum sorti en 2014). Apple rendait-il hommage à ce pionnier de l’informatique qui avait permis de raccourcir la guerre de deux ans d’après certains historiens ? Là encore l’explication est sans doute plus triviale…

 

Il s’agissait avant tout de moderniser le logo qui semblait tout droit inspiré d’une gravure de l’époque de Newton, donc peu compatible avec l’esprit californien des années 1970. D’où l’arc en ciel et le vert, déjà très écologiste. Mais pourquoi une pomme croquée ? Pour deux raisons : pour montrer qu’il s’agissait d’une pomme et non pas d’une tomate… et à cause d’un jeu de mots : en anglais, mordre ou croquer se dit to bite, ce qui rappelle un mot important en informatique : byte, qui désigne l’unité minimale dont il faut huit pour faire un octet… (conception chinoise millénaire qui avait fortement impressionné le philosophe Leibniz... même si le mathématicien d’Alembert avait quant à lui jugé que cela ne servirait jamais à rien, ce qui montre qu’un grand savant peut aussi, parfois, être limité par ses habitudes mentales voire par ses préjugés).

 

 

Qui était saint Joseph de Cupertino, qui a donné son nom à la ville d’Apple ?

 

C'est dans la ville de Cupertino que Steve Jobs avait demandé à l'architecte britannique Norman Foster de concevoir le bâtiment circulaire qui devait abriter son siège social : l'Apple Park. Ce dernier est désigné aussi sous le nom d'Apple Campus 2, l'Apple Campus 1 se situant au n° 1 d'une rue appelée Infinite Loop, à Cupertino également. La « boucle infinie » fait ici référence à une partie d'un programme informatique, même si une interprétation mystique pourrait être suggérée par l'origine du nom de la ville.

 

La ville californienne de Cupertino ne s’appellerait pas ainsi sans un très étrange moine italien du XVIIe siècle : saint Joseph de Cupertino, alias Giuseppe da Copertino, canonisé un siècle après sa mort, alors qu’il avait été d’abord plutôt mal vu par sa hiérarchie ecclésiastique. Car ce moine troublait l’ordre public par un comportement choquant : dans ses crises de mysticisme, il avait, dit-on, la fâcheuse manie… d’entrer en lévitation, même en public.

 

À la moindre extase, il s’élevait comme un oiseau au-dessus de la tête des fidèles dans l’église. Il l’a fait devant l’ambassadeur d’Espagne. L’épouse du diplomate est tombée dans les pommes (le lien avec Apple peut justifier l’expression familière ici...). Joseph de Cupertino a aussi lévité devant le pape Urbain VIII, avant que le père supérieur ne lui ordonne de revenir à sa place ; mais le père supérieur a alors lui-même été sermonné par le pape, qui a enfin déclaré officiellement avoir été témoin du miracle. Bien plus tard, l’écrivain Blaise Cendrars a voulu que Joseph de Cupertino devienne le saint patron des aviateurs, du fait du nombre impressionnant d’heures de vol à son actif… Il lui a consacré un très beau texte biographique, plein de poésie, d’érudition, d’humanité et d’humour : « le nouveau patron de l’aviation » (c’est l’une des deux parties du quatrième volume des mémoires de l’auteur suisse : Le Lotissement du ciel, publié en 1949).

 

C’est peut-être aussi grâce à son patronage que les profits d’Apple se sont envolés.

 

 

L'étonnante histoire de la Silicon Valley

 

Pour comprendre pourquoi et comment la Silicon Valley est devenue le cerveau et le coeur du monde actuel en remplaçant peu ou prou les fonctions de la Route de la soie, je ne saurais mieux faire que simplement vous conseiller d'écouter les explications très stimulantes d'Idriss Aberkane, un conférencier spécialisé – entre autres – dans l'économie de la connaissance. Ses rapprochements intelligents et ses coups de projecteurs pertinents sur certains faits stimulent tout particulièrement notre réflexion et notre compréhension de l'histoire du monde. En l'occurrence, il établit un lien surprenant – mais qui paraît juste – entre le rôle des Franciscains (relativement décentralisés par rapport au pouvoir papal, contrairement aux Jésuites) qui ont évangélisé la Californie et la contre-culture qui a plus tard été à l'origine de l'esprit libertaire (ou du moins indépendant des États) des entrepreneurs de la Silicon Valley – qui structurent aujourd'hui la circulation de l'information tout comme la Route de la soie a longtemps structuré la circulation des biens et des connaissances dans le monde.

 

Idriss Aberkane fait également référence à Blaise Cendrars : pour son roman L'Or, qui raconte « La Merveilleuse Histoire du général Johann August Suter » : l'histoire véridique d'un entrepreneur aventurier suisse (comme Cendrars) qui commençait à s'enrichir démesurément en exploitant les terres californiennes, avant d'être ruiné par... la découverte d'or sur ses terres, du fait du désordre et des escroqueries qui ont suivi. Cela, bien avant qu'un tout autre élément chimique attire l'attention dans cette région : le silicium, qui a donné son nom à la Silicon Valley, du fait de l'utilisation de ce matériau semi-conducteur pour la fabrication des circuits électroniques.

 

C'est ainsi que les vergers de Californie du nord ont fini par donner un fruit particulièrement rentable : Apple.

 

Aujourd'hui, d'ailleurs, la boucle est bouclée : avec les robots cueilleurs et les capteurs sophistiqués qui permettent aux plantes d'enclencher et de réguler elles-mêmes leur irrigation, l'électronique et l'informatique de la Silicon Valley retournent aux vergers californiens des origines...