RÉDIGER UN MÉMOIRE (de master 1 ou 2 par exemple) :

 

 

 PRINCIPES ET MÉTHODES DE LA RECHERCHE

 

 

 UNIVERSITAIRE EN SCIENCES HUMAINES

 

 

 

 

OBJECTIFS DE CES CONSEILS DE MÉTHODE

   

Faire de la recherche n’est pas la même chose que faire une recherche documentaire. Cette dernière n’est qu’une étape préalable – certes fondamentale – à une recherche proprement dite. Car dans ce cas il ne s’agit en aucun cas de présenter une synthèse des travaux existants en les appliquant à une question précise, mais d’analyser soi-même un corpus avec l’aide d’outils : empruntés à d’autres chercheurs, modifiés ou créés de toute pièce par rapport à un projet précis. Cela, afin d’apporter des éléments de réponse scientifique à une question qui restait au moins partiellement non élucidée.

  

Ce document a pour but de vous expliquer :

  • quels sont, sommairement, les grands principes (et leurs origines, dans l’histoire des idées) de la recherche scientifique, qui sont à la base des exigences universitaires (par exemple la démarche OHERIC inspirée par les travaux de Claude Bernard) ;
  • quelles sont les grandes étapes d’une recherche et de la rédaction d’un mémoire (de master par exemple : M1 ou M2), avec des conseils de méthode, voire d’organisation.

  

Ces conseils ne remplacent ni les instructions spécifiques données par chaque université (qui n’expliquent pas toujours assez les principes et la méthode préconisée), ni les ouvrages plus spécialisés sur la recherche dans un domaine particulier (qui apportent des réponses à beaucoup de questions précises, mais qui ne sont pas forcément faciles à manier pour bien comprendre les objectifs et la méthode au départ). Ces deux types de sources sont évidemment indispensables en début et en fin de parcours. La présente explication, plus généraliste, se veut aussi plus pédagogique. C’est pourquoi elle prend la forme d’un document condensé que vous pourrez relire souvent, en cas de doute, à chaque étape de votre travail.




I. EXIGENCES PRINCIPALES DE LA RECHERCHE : ORIGINE DES GRANDS PRINCIPES

 

  

Un discours scientifique se définit par les caractéristiques suivantes.

 

 

  

 

 1. Il procède d’une démarche objective, autonome, indépendante et valide.

 

a. Absence d’a priori dogmatique ou idéologique au départ (c’est le principe du doute méthodique de René Descartes exposé dans son Discours de la Méthode en 1637).

 

b. Esprit critique face aux théories existantes ainsi qu’à celles qu’on propose soi-même.

 

c. Raisonnements déductifs et inductifs, formalisés déjà par Aristote (IIIè siècle avant JC), dans Organon (« outils de la pensée ») :

·   La déduction est le type de raisonnement qui est à l’œuvre dans le syllogisme (à ne pas confondre avec le paralogisme qui n’est qu’un syllogisme faussé), lequel repose sur deux prémisses (si tout A est B et si tout B est C) pour établir une conclusion (alors tout A est C) ; exemple : « Tous les hommes sont mortel ; or Socrate est un homme ; donc Socrate est mortel ». (Attention : les prémisses ne sont souvent que des hypothèses (des vues de l'esprit non encore vérifiées) et doivent être considérées comme telles : comme des données provisoires qu'il faudra vérifier ou au moins indiquer clairement comme hypothétiques). 

·   L'induction consiste au contraire à établir une loi générale à partir de cas particuliers ; cela permet de trouver ce qui est commun à plusieurs éléments : la prise en compte des points communs et des différences rend possible la classification en genres, ainsi que la définition des concepts

 

d. Appui sur des observations (tangibles et faisant éventuellement l’objet de mesures) et sur des expérimentations (car les observations ne peuvent pas forcément être assez complètes et objectives), avec un protocole rigoureux, par exemple la démarche expérimentale hypothético-déductive inspirée notamment de la « Médecine expérimentale » de Claude Bernard, médecin français du XIXè siècle, et souvent résumée par le sigle OHERIC :

· Observation 

· Hypothèse

· Expérience

· Résultat

· Interprétation

· Conclusion

Mais il faut aussi laisser une place aux hasards, aux tentatives ne menant à rien, à l’intuition. Des découvertes très importantes – la pénicilline, les rayons X... – ont été faites par accident. C'est ce qu'on appelle la sérendipité. 

 

 

 

 2. Il repose sur une démarche méthodique.

 

On peut s'inspirer de celle de Descartes, qui propose quatre règles fondamentales :

 

a. Règle de l’analyse : découper l’objet analysé en « parcelles », autrement dit, sérier les difficultés et planifier le travail en plusieurs étapes pour davantage de rigueur.

 

b. Règle de l’évidence : ne retenir que les faits « clairs et distincts », autrement dit, se limiter aux données incontestables, bien visibles, ne subissant pas l’influence ou l’interférence d’autres faits (par exemple, il ne faut pas confondre une corrélation avec une causalité, ce qui doit donner lieu à un certain nombre d’observations et d’expériences complémentaires, afin de vérifier la nature du processus avant de proposer une interprétation) : ces observations et ces expérimentations doivent pouvoir être reproductibles.

 

c. Règle de la synthèse : regrouper l’ensemble des données analysées en une explication globale, autrement dit une théorie.

 

d. Règle des dénombrements : vérifier inlassablement toutes les mesures, les observations et les raisonnement.

  

 

3. Il peut être réfutable (contrairement à un dogme religieux par exemple), comme l’a expliqué le philosophe Karl Popper (XXè s.), ce qui implique bien sûr que les démarches et les résultats doivent être compréhensibles pour pouvoir en vérifier la reproductibilité : il faut donc les communiquer selon une démonstration claire et structurée, en donnant bien tous les éléments qui seraient nécessaires à une contre-argumentation.

 

  

4. La théorie doit être la plus simple possible : entre deux théories expliquant un phénomène donné, on choisit la plus économique (c’est le principe du rasoir de Guillaume d’Ockham, le théoricien du nominalisme du XIVè s.).

 

  

 

5. La théorie doit pouvoir, dans l’idéal, aboutir à une vision nouvelle, pertinente par rapport à des débats en cours ou stimulante par rapport à des conséquences potentielles 

 


Ce sont ces grands principes qui sont à l’origine de la démarche universitaire suivante, pour la recherche puis pour sa communication au public.

  

 

 

II. ÉTAPES D’UNE RECHERCHE UNIVERSITAIRE : MÉTHODE ET ORGANISATION

 

  

1. Identifier un problème pour décrire ou analyser le fonctionnement d’un objet, ce qui doit conduire à compléter ou à renouveler les connaissances dans une discipline, en cherchant des informations nouvelles ou en obtenant des résultats expérimentaux.

  

 

2. Lire la littérature spécialisée (ouvrages didactiques / de recherche, articles, mémoires, thèses), en vue du début du développement (la fameuse revue de littérature spécialisée), ce qui suppose bien sûr une recherche bibliographique préalable :

 

a. Identifier les connaissances déjà acquises, les théories, les outils (afin de ne pas refaire ce qui a déjà été fait et de montrer qu’on connaît assez le domaine dans lequel on veut faire avancer les connaissances) grâce à des ouvrages didactiques (présentant les connaissances disponibles dans une spécialité donnée).

 

b. Parcourir (ne lire que les passages indispensables) de nombreux comptes-rendus de recherches (mémoires, thèses, articles, actes de colloques...) en gardant immédiatement la trace de tout ce qui a été lu : noter, dans des fiches analytiques ou synthétiques (une fiche par thème et/ou par source) les idées qui pourront être utilisées avec leur référence très exacte : l’URL ou la référence et la page où apparaît chacune des idées – afin de :

· pouvoir la retrouver sans perdre de temps,

· pouvoir l’indiquer afin que le lecteur puisse vérifier ou retrouver la source (pour s’informer, contester, prolonger...).

 

c. Vérifier le sérieux des sources :

· la reconnaissance de l’auteur ou de l’équipe de recherche :

o est-il ou est-elle connu(e) ?

o ses travaux sont-ils souvent cités ?

· son objectivité (absence d’intérêts commerciaux, militants, institutionnels...),

·    la qualité de la rédaction,

· éventuellement son actualité (le caractère récent de la publication).

 

d. Trier l’information : ne garder que ce qui est pertinent par rapport à sa problématique.

 

e. Définir précisément les termes de base et les outils provisoires (concepts et méthodes) dont on aura besoin, à l’aide des fiches établies lors des lectures, pour le début du développement :

 · en les situant :

o dans l’histoire de leur champ disciplinaire (première utilisation par un chercheur, re-définitions par d’autres chercheurs) ,

o dans un paradigme (comparé éventuellement avec des paradigmes voisins) ;

·  en les critiquant : en identifiant les limitations et les problèmes inhérents à ces concepts et à ces méthodes (expliquer en quoi la façon d’aborder le problème jusque là freine l’expansion des connaissances, la compréhension des phénomènes) :

o erreurs théoriques,

o inadéquations et limites pratiques ;

· en indiquant la limite entre ce qu’on sait déjà et ce qui reste à établir et en expliquant pourquoi on n’a pas été plus loin jusque là ;

· en proposant des aménagements (des hybridations conceptuelles ou d’autres méthodes), dont les raisons théoriques et pratiques seront expliquées.

 

 

 

3. En vue de l’introduction, définir ou re-définir :

 

a. l’objet d’étude, le domaine, la discipline, la motivation intrinsèque :

· de quoi s’agit-il ? (qui ? quoi ? où ? quand ? pourquoi ? comment ? etc.)

· sur quoi va-t-on travailler et sur quoi ne va pas t-on pas travailler ?

· dans quelle(s) discipline(s) se positionne-t-on ?

· quel est l’intérêt d’approfondir ce sujet ? (actualité, pertinence, lacune dans la recherche ou caractère insuffisant des résultats ou inopérant des méthodes) ;

 

b. une problématique : une question explicite, précise et circonscrite (pas trop étendue) ne pouvant donner lieu à aucune réponse simple mais imposant une prise en compte de données complexes et une théorisation plus élaborée ou différente ;

 

c. une première hypothèse provisoire ;

 

d. un corpus qui doit être :

· pertinent (par rapport au sujet choisi),

· cohérent,

· adapté à l’exploitation qu’on veut en faire :

o vaste (mais le moins possible afin que le travail reste faisable tout en étant suffisamment représentatif pour rendre compte, statistiquement par exemple, d’un phénomène propre à un ensemble de faits),

o ou plus ciblé pour étudier quelques faits limites donnant la clé d’un fonctionnement de l’ensemble ;

 

e. un objectif : obtenir des résultats sous un angle

·    quantitatif (par exemple des mesures),

·   ou qualitatif (l’identification de phénomènes intéressants, parce que problématiques, révélateurs d’un fonctionnement inattendu ou imposant une nouvelle vision d’ensemble, suit à l’interprétation méthodique des observations et/ou des expérimentations).

 

  

4. Faire valider l’objet d’étude, la problématique et le corpus.

 

  

5. Faire des observations et des analyses pour valider ou invalider l’hypothèse (faire dialoguer observation d’une réalité empirique et théorie). Les phénomènes à prendre en compte sont ceux qui sont récurrents et ceux qui sont uniques mais très significatifs.

 

  

6. Reformuler l’hypothèse et élaborer d’autres outils (en lisant d’autres ouvrages et articles).

  

 

7. Faire d’autres analyses et interpréter les résultats, à la façon d’une enquête policière resserrant les mailles du filet, en cherchant à la fois une vérité et des preuves de cette vérité.

  

  

8. Préparer la communication des résultats : faire un plan synthétique qui comportera :

 

a. Page de garde.

 

b. Remerciements.

 

c. Sommaire (une page).

 

d. Introduction générale (2 pages minimum) pour présenter :

·   l’objet d’étude, le domaine, la discipline, la motivation (voir plus haut),

·    la problématique (idem),

·    le corpus, justifié,

·  le plan, justifié également, tout en articulant les étapes de la démonstration (rendant compte à la fois du processus de recherche et du raisonnement).

 

e. Présentation des analyses et des interprétations en plusieurs étapes (éviter tout plan type) qui auront pour fonction de...

·    définir les termes de base (voir plus haut),

·    faire une revue de littérature spécialisée (idem),

·   établir, justifier, expliquer la méthode d’analyse retenue (idem) et faire des hypothèses de travail,

·  faire une synthèse des résultats d’analyses (c’est le cœur du travail présenté) en plusieurs étapes (parties), comportant chacune :

o une introduction qui précise l’objet de la partie = une méthodologie particulière, son utilité par rapport à la problématique, les contraintes à surmonter et le plan de cette partie (autrement dit les étapes de la méthode retenue),

o un raisonnement rendant compte de la démarche de recherche suivie,

o   une analyse et une interprétation des résultats obtenus,

o  une conclusion qui apporte des éléments de réponse à la problématique et indique les insuffisances qui nécessitent d’aller plus loin (= transition).

 

f. Conclusion (deux pages au minimum) :

· résumé des principales étapes avec rappel des points-clés,

· réponse (circonstanciée, précise, nuancée) à la problématique en fonction de l’interprétation des résultats,

· intérêt de ces résultats, enjeux et conséquences,

· limites.

 

g. Bibliographie :

·  soit elle renvoie uniquement aux publications citées ; le titre sera « Références bibliographiques » ;

· soit elle renvoie plus généralement à toutes les publications consultées parmi celles qui sont en rapport avec le sujet ; le titre sera alors : « Bibliographie sélective ».

 

h. Annexes (ce qui n’est pas indispensable à la démonstration mais que peut vouloir consulter le lecteur).

 

  

9. Faire valider le plan.

 

  

10. Rédiger l’ensemble dans l’esprit d’une démonstration, d’un raisonnement tâchant de rendre intelligibles des données. Cela suppose trois fonctions :

· rendre compte d’un processus de recherche,

· donner des informations sur les résultats,

· justifier de façon argumentée l’argumentation qui en est proposée

 

Pour cela, il faut soigner :

 

a. le contenu :

· chaque mot doit être choisi (et doit pouvoir être défini) avec précision

· tout doit être justifié objectivement (pas d’affirmation sans preuve),

·   toute illustration doit apparaître avec une légende indiquant :

o   la sources et le titre juste en-dessous,

o une explication ou une interprétation dans le texte (aucune illustration ne doit apparaître à titre décoratif bien sûr) ;

 

b. la langue et l’intelligibilité :

· structurer :

o une phrase doit se limiter à une seule idée ,

o chaque étape dans le raisonnement doit correspondre à un nouveau paragraphe,

·         simplifier : sauf nécessité, une phrase doit être :

o la plus simple et la plus brève possible,

o mais explicitement articulée à la précédente et à la suivante,

·         corriger ;

 

c. les renvois dans les notes de bas de page :

·  auteur, op.cit, p. x : pour une référence au livre déjà cité auparavant (mais pas juste avant) de cet auteur (op. cit. est l’abréviation de : opere citato signifiant « dans l’œuvre citée [précédemment mais pas forcément immédiatement]») ;

·    ibid., p. x : pour une référence au même ouvrage (celui qui vient d’être cité donc du même auteur) mais à une autre page (ibid. est l’abréviation de ibidem signifiant « au même endroit [que celui qui précède immédiatement] ») ;

·   id., titre, p. x : pour une référence à un autre ouvrage de l’auteur qui vient d’être cité (id. est l’abréviation de idem qui signifie « le même [auteur que celui qui précède immédiatement] ») ;

·   loc. cit. : pour une référence à la même page du même ouvrage que celui qui vient d’être cité (loc. cit. est l’abréviation de loco citato qui signifie « à l’endroit cité [juste avant] ») ;

·  passim indique que l’idée se trouve à divers endroits de l’ouvrage mentionné ;

·  cf. (abréviation de confer) : pour comparer avec une autre publication (on utilisera voir s’il s’agit uniquement de se reporter à un autre passage) ;

·   voir supra : pour renvoyer à une idée exprimée plus haut dans le texte ;

·    voir infra : pour renvoyer à une idée exprimée plus loin ;

 

d. la typographie : les normes de base les plus courantes (toute fantaisie étant proscrite pour assurer le caractère universel de la lisibilité et l’impression de sérieux qui doit confirmer la rigueur de la méthode) sont les suivantes :

· n° de page en bas  à droite,

· police Times 12 (10 pour les notes),

· interligne 1.5,

· texte justifié,

· changement de page pour les changements de parties,

· introduction, conclusion, annexes... (non numérotées),

· impression seulement au recto des feuilles.

 

Les citations dépassant trois lignes doivent être placées dans un paragraphe spécifique (décalé d’un centimètre et avec une police plus petite). Pour les citations dans les citations, il convient de jouer sur les types de guillemets :

· pour la citation qui englobe : guillemets français («  »),

· pour la citation englobée : guillemets anglais (" ").

 

Enfin, les ruptures de citation doivent apparaître sous la forme [...] et les modifications et les précisions nécessaires doivent également être entre crochets.

 

Il n’est pas nécessaire ici d’aller plus loin : les universités indiquent généralement toutes les exigences de présentation et de typographie. D’ailleurs, certaines disciplines en ont de spécifiques.

 

  

 

11. Relire et améliorer encore la forme.

 

 

12. Faire le sommaire.

 

Voici la procédure à suivre pour créer un sommaire automatique ou une table des matières automatique sous certaines versions de Word :

 

a. Attribuer un style (grâce à la fenêtre des styles ou dans Format -> Styles) à chaque titre du développement, en fonction de son niveau (titre 1, titre 2 ou titre 3...).

 

b. Définir les caractéristiques de chaque style (dans Format -> Style -> Modifier...) telles que vous les souhaitez (police de caractère, taille, gras...).

 

c. Insérer le sommaire ou la table des matières (dans Insertion -> Tables et index -> Table des matières) là où vous le souhaitez.

 

Astuce utile en cas de petit problème agaçant : pour fusionner deux lignes dans un sommaire (si par exemple un titre de deux lignes avait été compté pour deux sections différentes), il faut changer de lignes sans changer de paragraphe (en tapant Maj + Entrée)

 

Pour d’autres traitements de textes, les procédures seront proches.

 

  

 

COMPLÉMENTS

 

  

Exemple de critères d’évaluation 

  • Intérêt de la problématique
  • Qualité de l’analyse, objectivité et sens critique
  • Esprit de synthèse et raisonnement
  • Précision des résultats et pertinence de leur interprétation
  • Maîtrise des connaissances exploitées

   

 

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